Trump va-t-il trop loin avec la Corée du Nord?

Trump va-t-il trop loin avec la Corée du Nord?

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Avec sa dernière offensive verbale contre Pyongyang qui emprunte au registre rhétorique nord-coréen, Donald Trump risque de pousser le régime reclus et imprévisible à lancer cette même attaque qu’il cherche à éviter, dénoncent les critiques du président américain.

Depuis son club de golf du New Jersey, le chef de la Maison Blanche a promis « feu » et « colère » à Pyongyang, qui vient de mener deux tests réussis de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM). Ces propos semblaient faire écho au registre oratoire de la Corée du Nord elle-même. Le pays hermétique est connu pour ses diatribes grandiloquentes contre ceux qu’il perçoit comme ses ennemis, dont la Corée du Sud, menacée régulièrement d’être transformée « en mer de flammes ».« La Corée du Nord ferait mieux de ne plus proférer de menaces envers les Etats-Unis », a lancé le président américain. Faute de quoi, elle s’exposerait « au feu et à la colère, comme le monde ne l’a jamais vu jusqu’ici ».

M. Trump a tenu ces propos quelques heures avant le 72ème anniversaire de l’attaque nucléaire américane sur Nagasaki, au Japon. Et d’après les analystes, Pyongyang va les étudier de près.

Les Etats-Unis doivent éviter « la rhétorique enflammée qui risque de provoquer cette même attaque qu’on cherche à éviter », a estimé Laura Rosenberger, ancienne directrice du Conseil national de sécurité pour la Corée et la Chine. La « plus grande inquiétude, c’est qu’ils craignent qu’une action américaine soit imminente et qu’ils agissent d’une manière qu’ils pensent préventive », a-t-elle ajouté sur Twitter. « Les déclarations de M. Trump aujourd’hui représentent le genre de menaces qui pourraient accélérer et/ou faire prendre cette décision ».

Le sénateur républicain John McCain a aussi déclaré que M. Trump devait marcher sur des oeufs avec le Nord, estimant sur une station de radio américaine: « tout ce que cela va faire, c’est nous rapprocher d’une confrontation grave ».

Le premier ICBM tiré par Pyongyang a mis l’Alaska à sa portée, d’après les spécialistes. Le second montre qu’une bonne partie du continent américain, dont Chicago et peut-être même New York, pourrait être menacée.

L’ONU vient d’adopter une septième salve de sanctions qui pourraient coûter à Pyongyang un tiers de ses revenus d’exportation, et Washington, Séoul et Tokyo ont organisé des exercices militaires conjoints pour montrer leur puissance. Pyongyang, qui justifie ses ambitions nucléaires par le besoin de dissuader les menaces d’invasion, a répliqué en déclarant qu’il envisageait de tirer des missiles sur le territoire américain de Guam, dans le Pacifique.

A glacer le sang
La Corée du Nord est coutumière des menaces à glacer le sang et les analystes font valoir qu’annoncer ses projets à l’avance ne relève pas normalement d’une bonne stratégie militaire. Toute frappe américaine sur le Nord risque de déboucher sur des représailles immédiates — le régime nord-coréen fonde en partie sa légitimité sur son opposition aux Etats-Unis — et une escalade rapide, avec des conséquences dévastatrices pour la Corée du Sud. Séoul, où vivent 10 millions d’habitants, est à portée des forces d’artillerie conventionnelles considérables de Pyongyang.

« En s’abaissant à de la rhétorique de style nord-coréen, sans bonnes options pour la suite, M. Trump risque de mettre en jeu sa crédibilité envers ses alliés et ses ennemis », souligne sur Twitter Rory Medcalf, de l’Université nationale australienne.

« Une crevette parmi les baleines »
Cela fait des décennies que les Sud-Coréens sont habitués aux déclarations hostiles de leurs voisins, mais l’escalade verbale avec M. Trump, dont les discours sont à géométrie variable, en inquiète plus d’un. « Vous croyez qu’on en sortira indemnes si les Etats-Unis transforment la Corée du Nord en mer de flammes? On va tous mourir », disait un internaute sur le site sud-coréen Naver.

Les Etats-Unis sont le garant de la sécurité du Sud démocratique et capitaliste où sont déployés 28.500 soldats américains. La guerre de Corée (1950-53) a pris fin avec un cessez-le-feu, pas un traité de paix et les GI’s sont chargés de défendre Séoul face à Pyongyang. Mais en Corée du Sud, certains se demandent déjà si les Etats-Unis seraient toujours disposés à protéger leur pays, si cela pouvait déclencher des représailles contre des villes américaines à la portée des ICBM nord-coréens.

Les internautes usaient beaucoup de l’expression « une crevette parmi les baleines » pour décrire leur pays ballotté entre les courants diplomatiques et les conflits entre puissants voisins. « Si ces deux dingos commencent vraiment une guerre, la Corée du Sud sera la plus grande victime », se lamentait un utilisateur en référence à M. Trump et au dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un.