EXCLUSIF ! LES MINUTES DE LA LIBÉRATION DE KARIM

EXCLUSIF ! LES MINUTES DE LA LIBÉRATION DE KARIM

151
PARTAGER

Après avoir préparé l’opinion, pris le décret matérialisant la décision, informé Touba et convaincu l’intéressé d’accepter la grâce présidentielle sans faire de chichi, il restait à trouver le moyen de sortir Karim Wade de la prison de Rebeuss en toute discrétion. La nuit du jeudi au vendredi est retenue. Selon des informations de SeneWeb, le pouvoir mit en place un plan réglé au millimètre près et prit le soin de mettre l’ancien ministre d’État au parfum.
Première chose : il fallait sortir incognito, piquer directement à l’aéroport, zapper Touba et s’envoler pour le Qatar. Refus catégorique de Karim. Qui exige une communion avec ses sympathisants aux abords de la prison, un passage chez Madické Niang aux Almadies, un détour à Touba, un retour à Dakar avant le décollage pour le Qatar.
Hors de question pour les autorités de se plier à ses caprices de diva. Celles-ci mettent Touba à contribution ; Karim se plie. Cette étape franchie, il fallait trouver le moyen de faire diversion. De semer les fans du fils d’Abdoulaye Wade qui commençaient à se masser autour de Rebeuss. La stratégie de l’État consistait à lancer à vive allure hors de Rebeuss un 4X4 aux vitres teintées. Ainsi, espéraient les autorités, au moment où les inconditionnels du candidat du Pds à la prochaine présidentielle s’élanceraient à la poursuite de la voiture de diversion, Karim s’installerait tranquillement à bord d’une ambulance pour regagner les Almadies.
Tout était OK, jusqu’à la dernière minute, et le refus du prisonnier gracié de monter à bord d’une ambulance. Les tentatives de le raisonner s’avèrent infructueuses. Les autorités lâchent du lest cette fois. L’ambulance est rangée de côté, mais ça sera une vieille guimbarde immatriculée DK 7489 AK. Soit.
À 1 h 26, le fameux 4×4 sort en trombe et file droit vers les Almadies. Croyant que Karim était à bord, les militants massés aux abords de Rebeuss se lancent à sa poursuite. Quelques minutes plus tard, après que les attentions étaient tournées ailleurs, la vieille voiture banalisée quitte la prison incognito.
Arrivé chez Madické Niang, Karim ressort à bord de la vieille guimbarde, accompagné de ce dernier et de Samuel Sarr, pour une destination inconnue. À son retour, la petite délégation quitte les Almadies pour l’aéroport Léopold Senghor.
Nos sources indiquent que le fils de Wade ne s’est acquitté d’aucune formalité au niveau de la police des frontières, qu’il n’est même pas passé par le Salon d’honneur. Il a été transporté jusqu’au pied d’un jet privé à bord duquel s’était déjà installé le procureur de la République du Qatar. Direction : Doha, la capitale de l’émirat.
Après trois ans de détention, Karim Wade, condamné en mars 2015 à six ans de prison ferme et détenu depuis avril 2013, quitte la prison de Rebeuss et Dakar. Libre. Il laisse derrière lui les commentaires, les supputations et les conjectures sur les circonstances de son départ précipité. Et fixe sûrement son avenir (politique) rempli d’incertitudes et de promesses.