Birmingham est-elle un foyer du terrorisme islamiste?

Birmingham est-elle un foyer du terrorisme islamiste?

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Elles sont désormais tristement célèbres. Birmingham l’Anglaise et Molenbeek la Belge : deux bases arrière de l’islamisme radical et du terrorisme par lesquels sont passés plusieurs des auteurs des attentats qui ont frappé Londres, Paris et Bruxelles. C’est dans la première, considérée comme le fief anglais du djihadisme, que vivait Khalid Masood, l’auteur de l’attentat qui a frappé Londres le 22 mars. C’est à Birmingham, encore, que huit personnes ont été arrêtées ces derniers jours dans le cadre de l’enquête sur cette attaque.

Abrini, Abaoud et Masood à Birmingham

Outre ces huit arrestations, c’est toujours dans la deuxième ville du Royaume-Uni que les policiers ont arrêté, dimanche, dans le cadre de l’enquête sur l’attaque du 22 mars, un homme de 30 ans soupçonné de préparer des actes terroristes. Alors Birmingham est-elle le berceau du terrorisme outre-Manche ? En observant les faits, le terreau djihadiste y semble plus fertile qu’ailleurs au Royaume-Uni.

Pour cause, plusieurs terroristes impliqués dans les attentats de Paris et de Bruxellesont transité par cette cité industrielle. Ainsi, Mohamed Abrini est passé par cette localité du centre du Royaume-Uni en juillet 2015. L’homme est suspecté d’être le logisticien des attentats de Paris et a été identifié comme étant l’individu au chapeau accompagnant les frères El Bakraoui, les deux kamikazes de l’aéroport de Zaventem. C’est à Birmingham qu’il  s’est fait remettre la somme de 3.000 livres (3.500 €) par deux terroristes arrêtés depuis par la police anglaise. Les données recueillies dans le téléphone d’Abrini ont confirmé qu’il y avait effectué plusieurs voyages.

Le commanditaire des attentats de Paris, Abdelhamid Abaaoud, avait des contacts au Royaume-Uni. Il s’est lui aussi rendu à Birmingham en 2015 avant que Paris ne soit frappée. Là-bas, il y aurait rencontré des individus suspectés d’activités terroristes. Les enquêteurs ont retrouvé dans son téléphone des photos de Birmingham. La présence des deux terroristes de Molenbeek dans la cité britannique laisse à penser qu’il pourrait exister des connexions entre les terroristes des deux villes.

« Des zones perdues de la République » et un « réseau djihadiste »

Un hasard ? « Que ce soit Molenbeek en Belgique ou comme plusieurs villes françaises, Birmingham est au croisement du trafic de drogue et de la criminalité, un terreau qui finit par faire la connexion avec l’islamisme radical », explique Mathieu Guidère, professeur à l’université Paris VIII et auteur de La guerre des islamismes (éd. Gallimard, Folio). « On ne peut pas à proprement parler de Molenbeek anglais pour Birmingham », estime le spécialiste de l’islamisme radical et du terrorisme. « Mais le point commun est qu’il s’agit de zones périurbaines où chômage et immigration se conjuguent, et qui ont en plus reçu toutes les problématiques liées aux derniers conflits internationaux ».

Au niveau européen, et « depuis la fin des années 1990, un certain nombre de zones périurbaines ont accueilli des militants islamistes », retrace Mathieu Guidère. « Les militants du Groupe islamique armé (GIA) algérien ont été les premiers à s’implanter. Dès 2000, avec l’éclatement de nouveaux conflits, ils ont été rejoints par des islamistes d’Afghanistan, puis d’Irak et enfin de Syrie. Et aujourd’hui, on se retrouve sur la carte européenne avec des zones globalement perdues de la République, des points d’étapes connus où islamistes radicaux et djihadistes sont historiquement connectés. On est pour ainsi dire dans le cadre d’un réseau de connaissances où les djihadistes savent dans quels quartiers de quelles villes ils trouveront des armes, pourront rassembler des financements ou encore trouver des mosquées où l’on prêche un islam radical », explique Mathieu Guidère. Et où de nouvelles recrues sont endoctrinées.

 

Auteur: 20minutes.fr