ANCIENNE ESCLAVE SE/X..UELLE DE DAESH, LAMIYA HAJI BASHAR RACONTE SON CALVAIRE

ANCIENNE ESCLAVE SE/X..UELLE DE DAESH, LAMIYA HAJI BASHAR RACONTE SON CALVAIRE

71
PARTAGER

Irakienne issue de la communauté yézidie, persécutée par le groupe terroriste, cette jeune fille de 18 ans a été battue, torturée et violée de manière répétée par des djihadistes, jusqu’à ce qu’elle parvienne à fuir. Elle évoque aujourd’hui cet enfer avec un courage incroyable. « Si vous me coupez un pied, alors je m’enfuirai sur l’autre. Jamais je n’abandonnerai. » Voilà ce qu’a répondu Lamiya Haji Bashar au magistrat islamiste qui la jugeait pour s’être, une fois de plus, enfuie de chez son propriétaire, son bourreau.

Cette jeune fille, âgée de 18 ans aujourd’hui, a été enlevée par Daesh en août 2014 à Kocho, un village près de Sinjar. Issue de la communauté yézidie, elle a entendu les djihadistes abattre son père et ses frères avant d’être kidnappée et transformée en esclave sexuelle, comme de nombreuses autres filles. Malgré les viols et les coups quotidiens, elle a toujours tenu tête comme elle le pouvait à ses agresseurs, tout comme elle l’a fait ce fameux jour au tribunal lorsque le juge la menaça de lui couper un pied afin de l’empêcher de s’échapper une énième fois. Heureusement, cette suggestion a été abandonnée et l’Irakienne a « seulement » été revendue à un autre qui l’a à son tour violée et torturée.

Un calvaire de 20 mois

Au total, Lamiya Haji Bashar a été vendue à 5 reprises et a tenté de fuir autant de fois, sans succès, jusqu’à la réussite en avril 2016. Son calvaire a duré 20 mois. 20 longs mois au cours desquels elle a assisté impuissante à ce terrible trafic d’être humain, souvent d’enfants, opéré par le groupe terroriste. « Ces hommes étaient pires que des monstres », confie-t-elle Ian Birrell, journaliste pour le Daily Mail. « C’était tellement dur de voir ces hommes âgés, ces monstres, attaquer des filles. Même celles de 9 ou 10 pleuraient et suppliaient de ne pas être agressées. Je ne peux pas décrire à quel point c’était horrible. » Elle et l’une de ses soeurs ont été achetées par un Saoudien d’une quarantaine d’années et emmenées à Raqqa, fief de Daesh en Syrie, où elles étaient menottées la plupart du temps. « C’était un homme très méchant. Ils nous a battues pendant les 3 jours que nous avons passés avec lui. Un jour, il a même essayé de me tuer en m’étranglant car j’avais refusé ses avances. » Pour les « mater », il les a jetées dans une pièce de la base où 40 hommes ont abusé d’elles. « Vous ne pouvez pas imaginer. Il nous est arrivé des choses terribles. » Lamiya et sa soeur ont ensuite été séparées et revendues, pour une centaine de dollars, à des hommes encore plus cruels, si c’est possible.

La Yézidie a fini à Mossoul et c’est là qu’elle a cherché à s’enfuir la première fois. Laissée seule dans un appartement, elle n’a pas hésité à sauter par la fenêtre. Elle s’est cachée chez un habitant dont les membres de la famille était également captifs des terroristes mais, trop apeuré par les représailles auxquelles il s’exposait s’ils découvraient qu’il hébergeait une fugitive, il a fini par les prévenir. Sa tentative lui a valu d’être punie par d’atroces sévices mais cela ne l’a pas empêchée de recommencer. « A chaque fois que je m’échappais, ils me torturaient, mais cela m’a rendue plus forte. Je n’ai jamais abandonné. J’ai vu tant d’atrocités, tant de crimes. Cela m’a donné la force de les combattre », explique-t-elle au journal britannique. L’incarnation du courage.

« J’espérais que l’on soit tous tués »

Son quatrième propriétaire est une grande figure de Daesh spécialisé dans les explosifs. Il la fait travailler avec lui à la fabrication de bombe pour les attentats suicides, alors même que la ville est bombardée. « J’espérais que l’on soit attaqués et tous tués. Je voulais que mes souffrances cessent. Je voulais aussi qu’on détruise cet endroit horrible car on y construisait des bombes. »

Son dernier bourreau était un chirurgien, rallié aux djihadistes, qui lui confiait des petites tâches dans son hôpital. Il finit par lui donner un portable pour pouvoir la convoquer à tout moment, mais Lamiya se sert du téléphone pour contacter son oncle au Kurdistan voisin. Ce dernier paye un passeur 7 500 dollars pour la faire sorti du pays.
Elle s’enfuit en pleine nuit avec Katherine, une autre jeune fille venant de Kocho, son village, et Almas, une fillette de 9 ans. Malheureusement, au cours de leur périple, l’adolescente marche sur une mine anti-personnel qui les tue toutes les deux et défigure l’Irakienne qui a perdu l’usage de son oeil droit. Elle ne s’en souvient pas mais elle a été recueillie par des soldats kurdes qui l’ont transportée en urgence à l’hôpital. Plus tard, elle a été envoyée en Allemagne grâce à l’ONG Luftbrücke Irak. Grâce à elle, elle a pu retrouver la vue de son oeil gauche et les cicatrices de son visage ont été réduites au laser. Elle a surtout pu retrouver une sécurité et la paix. Enfin presque…

Lamiya a beau sourire et même rire, ce cauchemar inimaginable a laissé en elle des blessures bien plus profondes que celles qui marquent son visage d’apparence enjouée. Ce qu’elle a subi la hante chaque nuit et elle tremble pour sa petite soeur, restée entre les mains des terroristes, et les 5 autres qui ont réussi à s’échapper mais dont elle est sans nouvelles. C’est pour elles mais aussi pour toute sa communauté, persécutée dans l’indifférence, qu’elle se bat aujourd’hui. La jeune fille a en effet 2 rêves : devenir institutrice et voir les coupables du génocide yézidi traduits devant la justice. Un combat qu’elle mène avec Nadia Murad, autre rescapée qui a reçu avec elle le prix Sakharov pour la liberté de l’esprit par le parlement européen et qui a reçu l’appui de l’avocate internationale Amal Clooney. « Ces gens voulaient éliminer mon peuple et ma religion mais nous survivrons. Ma mission est de dire à ces femmes et à ces filles qu’elles ne sont pas seules. Et nous exigeons la justice pour ces monstres qui nous ont tant fait souffrir. »